Cormir Août 283

Il ne me semble pas que cela va contribuer à élever ma légende comme m'en presse Filbert mais je goûte assez d'être en vie et d'avoir ramené tous mes hommes des terres du Nord. Aujourd'hui nous lèchons nos blessures dans ce fortin retiré et l'ardeur de repartir au front n'est qu'une facade, un défi que l'on se lance pour avoir l'air brave. Quelle aventure et quelle terreur que cette expédition pour les jeunes fous que nous étions. A la recherche de gloire éphémère et de lauriers illusoires nous avons surtout perdu notre innocence et de valeureux camarades. Ma douce Janis avait raison, notre arogance a failli causer notre perte.

Rien, ni personne ne pourra plus prendre l'antique cité. Elle n'est pas tombée mais irrémédiablement perdue, à jamais, au delà de tout espoir. J'ai fait mon rapport et expliqué pourquoi j'avais perdu tant de guerriers, expliqué pourquoi mon idée un peu folle d'établir une tête de pont avait échoué et pourquoi je demandais à ce que nos troupes fassent un détour si d'aventure elles croisaient près de Cardobah.

Tursien, Gaël ou Barbare, nul ne peut survivre à ce qui règne là bas. La mort y a pris d'éternels quartier et consume les âmes qui s'y égarent. Je doute qu'Arwann puisse même les sauver. La corruption semble partout et le domaine qu'elle a bati, la Corneille elle même le désapprouverait. Ceux qui semble des frêres d'armes s'y battent jour et nuit dans un macabre théatre. La mort, la mort, la mort. Et toutes les nuits les tabars du serpent gemellé de sable se gorge de l'ichor de cadavres bélliqueux qui sombre dans la mort encore, encore et encore. Et je les ai vu au crépuscule se relever et leurs chairs reformées à nouveau frapper leurs frêres.

Je comprends que les Barbares évitent ce secteur, je comprends l'attrait que la cité exerce sur Meleagor, cette âme pervertie mais si lorsque j'étais terré avec Diabaon dans les murs de la Cité j'ai entre-apercu le crâne du serpent pour lequel ils se battent. Il exude la mort et jamais ce mage ne pourra mettre la main dessus, il ne peut qu'en être concient. C'est pour autre chose qu'il était là bas, un peu comme nous. L'idée de Diabaon était aussi folle. L'armure de Lug qui devait achever la guerre n'était visible nulle part. L'ouvrage qu'il nous réclamait, l'Héritage de la Vieille nous ne l'avons vu non plus. Il nous a fallu faire retraite, perdu dans cette incessante obscurité.

C'est un domaine fort rude, bien trop pour les hommes, Melan a eu la lucidité de nous ramener. Il a parlé un cartographe je crois, un errant égaré qui fuyait les CherchesSangs ou se rendait chez eux. Il me semble que Melan lui garde quelques écrits en sûreté maintenant. Ma mémoire fait défaut et je ne saurais tracer une route de retour.

Peut être si je dois honorer la folle promesse que j'ai faite à Diabaon mon frêre il faudra que je m'entretienne avec les Tisserands qui jamais ne meurent. Mon esprit reste confus mais ils étaient là, enfin je le crois. Blanches présences rassurantes aux yeux de sang, comme une anomalie familière dans une mer d'abomination. Mais honorer ma promesse sera rude, un voyage sans retour assurément.

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